
La Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers consacre son XVIIème cahier à
la Notice autobiographique du général-marquis de Carrion-Nisas. Ce seigneur de l’Ancien
Régime finissant vécut intensément l’Empire comme homme de lettres et d’épée et prolongea sa
carrière militaire sous le règne de Louis-Philippe.
Agé de 62 ans, Henri de Carrion-Nisas évoque avec quelque nostalgie à son cousin
Maximilien Spinola des souvenirs de jeunesse au château de Marennes, près de Pézenas : …
j’avais vingt ans et vous huit quand vous couriez sur la terrasse de Marennes. Ces temps sont bien
loin et bien des événements se sont passés depuis, que j’ai peine à comprendre non seulement
comment je suis encore robuste et vigoureux d’âme et de corps mais comment je suis encore de
ce monde après tant de travaux de tous genres, de pertes, de persécutions et soixante batailles en
broderie. Cependant il est vrai que je vais encore et Balbi vous dira qu’à ma tête de cygne près je
n’ai pas encore l’air trop décrépit …
Nous sommes en 1829, son célèbre Essai sur l’histoire générale de l’art militaire est paru
depuis 5 ans, la Campagne des Français en Allemagne, année 1800 vient de sortir des presses
de Ch. Piquet. Bientôt la Monarchie de Juillet lui rendra son grade de maréchal de camp
(général de brigade) obtenu en juillet 1815 après qu’il eut vaillamment défendu les ponts de
Sèvres et de Saint-Cloud. Bientôt l’heure de la retraite dans le vieux château de Lézignan lui
donnera le loisir de consigner dans une Notice biographique les faits marquants de sa
tumultueuse existence.
Né en 1767, devenu baron des Etats du Languedoc après le décès de son père et de son
oncle François, le marquis de Murviel, Marie-Henri-François-Elisabeth de Carrion d’Espagne
de Nisas Paulin perd vite titre et fortune à l’issue d’un coûteux procès de famille comme le siècle
en connut tant. Il en gardera un besoin de revanche. Dans la plus pure tradition familiale, il
embrasse la carrière des armes. En 1782, il intègre pour un an la compagnie des cadets-
gentilshommes de l’Ecole royale militaire de Paris, et les biographes ne manquerontpas d’en faire
un condisciple de Napoléon Bonaparte. Mais c’est à son mariage avec Souveraine Vassal,
parente de Cambacérès, que Carrion-Nisas devra de vivre dans le sillage de l’Empereur. D’une
première entrevue, au quartier général de Passariano, en 1797, le jeune homme ressort
profondément troublé : Bonaparte lisait mes papiers et je le regardais. Je n’avais point assez
d’yeux, assez d’oreilles pour saisir ses traits, ses gestes, ses regards, ses moindres paroles. Voilà
devant moi Bonaparte ! Je le touche, je le vois, je l’entends ! Le contentement n’habite point
dans cette âme, il en est banni pour longtemps, pour toujours, peut-être. 0 misère humaine !
Bonaparte n’est pas heureux et ne le sera point. Le bonheur, cette joie pure et continue d’une
âme paisible, s’il l’a goûté dans son obscurité, il l’a perdu depuis sa gloire, et la félicité véritable
n’appartient plus à celui qui s’est élevé au comble des grandeurs humaines, et qui a fixé les
regards et les destinées de l’Europe et du monde. Le coup d’Etat du 18 brumaire est l’occasion,
pour Carrion-Nisas, de se lancer en politique. Appelé au Conseil général du département de
l’Hérault, il accède bientôt au Tribunat où il se fait, avec le piscénois Curée, le défenseur de
l’Empire. Napoléon lui en saura gré qui le nomme en août 1804 chancelier de la 9ème cohorte de
la Légion d’Honneur. Insuccès politiques et déboires littéraires l’engagent bientôt à reprendre les
armes à une époque où la gloire militaire tourne toutes les têtes. Des campagnes de Prusse et de
Pologne au 1er Corps d’Observation de la Gironde, de l’Armée de Castille au Quartier-général
de la Grande Armée, Carrion-Nisas va servir l’Empire sans en obtenir en retour la gloire espérée.
A Gera, en Thuringe, il refuse d’arrêter le colonel prussien von Lützow venu seul en parlementaire.
La punition est immédiate : J’ai destitué l’adjudant général Carrion-Nisas, qui n’a aucunes qualités
militaires et qui s’est lâchement conduit à Gera. Mon intention est qu’il se tienne tranquille à cent
lieues de Paris, écrit Napoléon à son ministre de la Guerre. La riposte est spirituelle et courageuse :
l’ancien officier s’engage comme simple soldat au 20ème Dragons pour y faire toute la campagne
de 1813, depuis la reprise des hostilités jusqu’au passage du Rhin, et toute la campagne de 1814
jusqu’à la fin de la guerre. Cette vie tumultueuse s’achève en 1842 au château de Lézignan, près
de Pézenas, où le général repose dans le Carré des Tombes.
Contenu de l’ouvrage:
Ouvrage de 102 pages au format 21x 29,7 cm enrichi de nombreuses illustrations et de 4 tableaux
généalogiques - Préface du comte Olivier d’Ormesson - Avant-propos - Notice biographique -
Notes et remerciements - Armoiries - Discours - Biographie - Chronologie - Tableaux
généalogiques - Sources
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(G. Beugnon, Un promoteur languedocien de l’Empire) au prix unitaire de 22 €
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